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Article publié par Mario Garro (journaliste de la Marseillaise) en 1993
 
LE GRAND « CHARLOT » DE MARSEILLE 
 
Charles Oderra, tireur hors du commun des années 1920 et 30 a soulevé pendant un demi-siècle l’enthousiasme du monde bouliste
 
Ce siècle avait 20 ans lorsque le bruit du carreau d’Ollioules retentit en Provence comme une bombe. Ce carreau derrière le rail d’un train a fait depuis le tour de la planète et il existe d’ailleurs en plusieurs versions. Mais avant de mourir « Charlot » Oderra, héros de cet exploit légendaire, m’avait raconté dans le détail la vraie version. 
« Ça s’est passé au printemps 1920, au Grand Prix d’Ollioules. Il y avait tellement d’équipes qu’il fallait jouer partout même dans la gare. En quart de finale avec Pinot et Benson, nous sommes tombés sur les favoris Panettti – Oulet et Lombard, trois Toulonnais qui avaient gagné le Provençal dix ans avant et qui s’arrangeaient pour qu’on le sache.
La partie a duré toute l’après-midi et à 10 partout Panetti glissa un point ingagnable derrière un rail à 24 mètres. A cette époque, les boules étaient cloutées et du rond je voyais à peine un clou plus brillant que les autres. En frappant j’avais gagné et ce Panetti qui chambrait comme un démon dans le but évident de me troubler.
 
Il tire bien ce petit Charlot, mais moi des Charlots j’en ai vu d’autres. J’avais tout juste 20 ans j’ai hésité avant de tirer mais Pinot a gentiment insisté. Vas y minot, n’ai pas peur, c’est rien pour toi. Avec ton tir plongeant, je sens que tu vas l’estanquer là-bas derrière » ;
La galerie retint son souffle. Charlot s’élance, frappe en plein fer et sort du rond pour entrer dans la légende
 
Charlot hors concours
 
Cette année-là Charlot, toujours avec Pinot et Benson, gagne son premier Provencal en battant trois forteresses de l’époque. Le Bimbo – Le Quignon et Le Grelé. Dans cette partie, Charlot a fait un malheur si bien qu’à un moment donné Prébois dit « Le Grelé » à cause de son visage ravagé dans un règlement de comptes, s’est inquiété auprès de Bimbo.  « Dis-moi un peu, qui c’est ce petit c.. là-bas qui est en train de nous mettre les tripes au solei...
 
 
 
 
 
 
Articles déjà parus .. SARDINE ; BALDI LE BOMBARDIER TOULONNAIS. BESSE ROI DE LA PETANQUE. Albert Calanotti. Emile Agaccio. JO Arama. René Brocca. André Massoni. Charly de Gémenos. Marceau Marcy . . .   Cliquez . . . ici
 
 
 
 
 
 
 
Article publié par Mario Garro (journaliste de la Marseillaise) en 1993
 
LE GRAND « CHARLOT » DE MARSEILLE 
 
Charles Oderra, tireur hors du commun des années 1920 et 30 a soulevé pendant un demi-siècle l’enthousiasme du monde bouliste
 
Ce siècle avait 20 ans lorsque le bruit du carreau d’Ollioules retentit en Provence comme une bombe. Ce carreau derrière le rail d’un train a fait depuis le tour de la planète et il existe d’ailleurs en plusieurs versions. Mais avant de mourir « Charlot » Oderra, héros de cet exploit légendaire, m’avait raconté dans le détail la vraie version. 
« Ça s’est passé au printemps 1920, au Grand Prix d’Ollioules. Il y avait tellement d’équipes qu’il fallait jouer partout même dans la gare. En quart de finale avec Pinot et Benson, nous sommes tombés sur les favoris Panettti – Oulet et Lombard, trois Toulonnais qui avaient gagné le Provençal dix ans avant et qui s’arrangeaient pour qu’on le sache.
La partie a duré toute l’après-midi et à 10 partout Panetti glissa un point ingagnable derrière un rail à 24 mètres. A cette époque, les boules étaient cloutées et du rond je voyais à peine un clou plus brillant que les autres. En frappant j’avais gagné et ce Panetti qui chambrait comme un démon dans le but évident de me troubler.
 
Il tire bien ce petit Charlot, mais moi des Charlots j’en ai vu d’autres. J’avais tout juste 20 ans j’ai hésité avant de tirer mais Pinot a gentiment insisté. Vas y minot, n’ai pas peur, c’est rien pour toi. Avec ton tir plongeant, je sens que tu vas l’estanquer là-bas derrière » ;
La galerie retint son souffle. Charlot s’élance, frappe en plein fer et sort du rond pour entrer dans la légende
 
Charlot hors concours
 
Cette année-là Charlot, toujours avec Pinot et Benson, gagne son premier Provencal en battant trois forteresses de l’époque. Le Bimbo – Le Quignon et Le Grelé. Dans cette partie, Charlot a fait un malheur si bien qu’à un moment donné Prébois dit « Le Grelé » à cause de son visage ravagé dans un règlement de comptes, s’est inquiété auprès de Bimbo.  « Dis-moi un peu, qui c’est ce petit c.. là-bas qui est en train de nous mettre les tripes au soleil ? »
C’est ainsi que commença l’aventure extraordinaire de Charlot dont les exploits devaient soulever l’enthousiasme du monde bouliste pendant un demi-siècle. L’année suivante, Charlot – Pinot et Benson réussissent le doublé, puis le triplé. Les trois joueurs écrasèrent le concours à tel point que Girbon, le prère fondateur du Provençal et les organisateurs, décidèrent de les mettre hors concours, de les séparer. « Ensembles vous êtes imbattables, et çà décourage les autres ».
Cette décision à peine croyable, largement commentée par la presse et l’opinion valût à Charlot une réputation considérable. Sa puissance de frappe inspira des écrivains, des chansonniers « Vas-y Charlot, plante moi un carreau » et même des truands qui faisaient de l’argent avec tout. Mais à ce propos, écoutez-le, il adorait raconter cette anecdote savoureuse.
 
« Un dimanche matin, je vois arriver devant mon bar à Vauban trois types qui puaient le maquereau, c’était aussi de bons joueurs de boules. J’ai su après qu’ils étaient de mèche avec la pègre marseillaise. L’un d’eux, un petit crâneur minable me défia pour jouer aux arènes du Prado une partie d’intérêt. Une grosse partie. D’accord avec Pinot et Benson, je relevais le défi. Les arènes furent prises d’assaut. Mais au moment d’engager la partie un « porte flingue » du milieu qui avait parié gros sur les chances de ses amis s’avança menaçant vers nous pour nous dire. Si vous êtes braves, parole, on partage la galette sinon on vous met du plomb dans le ventre »
 
Et alors ?
« Et alors, du plomb dans le ventre, tu te rends compte ? Et alors vous n’allez pas me dire que le grand Charlot. « Le grand Charlot ! Le grand Charlot ! avec un calibre, sur le ventre, il n’y a plus de Grand Charlot, il n’y a plus personne, alors nous avons été obligé de vendre la partie. Ce jour-là, nous aurions même pu perdre la vie si les parieurs arnaqués nous avaient rattrapés dans les ruelles du quartier des arènes ».
 
Je voudrais partir les boules à la main
 
Au temps de sa splendeur, Charlot jouissait d’une popularité énorme, ses coups de gueule formulés dans la langue de Pagnol et son sens de l’anecdote faisaient tout passer, le vrai et … le reste.
« Aux boules, j’ai tout gagné, tout, pour moi, dans une boule qui roule il y a tout le bonheur ou tout le malheur du monde ». Et à ceux qui louaient son talent, il répondait « Aux boules, il n’y a pas de miracles, il faut jouer tous les jours ».
Autour des années 1950, Charlot – Agaccio et Calanotti qui ne pouvaient pas se supporter décident d’associer leurs talents. Mais cette triplette qui aurait pu dévorer tout le monde n’a pas résisté longtemps aux luttes de préséance que se livrèrent ces trois fortes personnalités. En fin de carrière, Charlot m’avait confié que son plus cher désir était de rejouer encore une fois avec Agaccio et Calanotti même dans un petit concours de village.
 
« J’en ai parlé à Calanotti, mais il m’a répondu par une boutade. Il m’a dit, c’est d’accord, mais faisons vite et jouons le grand Prix de St Pierre comme çà on fera tout en même temps, le concours de boules et l’enterrement. Bon, peu importe, de toute façon je jouerai tant que mes jambes me tiendront debout. Tant que je jouerai aux boules, ma fille Clairette qui tient un cabaret à Montréal sera contente, elle sera sûre que je me porte bien. Clairette, c’est une brave petite, elle me manque beaucoup. Le métier d’artiste n’était pas piqué de roses pour une fille comme il faut. A Marseille, elle a connu de graves déceptions et un jour elle m’a serré dans ses bras en pleurant et elle a pris le bateau pour le Canada. Quelques temps après, c’est ma femme qui est partie pour toujours, de maladie et de chagrin. Alors je me suis retrouvé seul avec Danielle, ma Pitchounette et mes boules ».
« Tu vois mon gari (il m’appelait mon gari) le comble du malheur pour un petit vieux comme moi, ça serait de mourir tout seul estropié dans un asile. Moi, quand le moment sera venu, je voudrais partir les boules à la main comme si je venais de finir la partie » .. !
 
Mario Garro