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" Mascon et Jujube assassinent Jaurès."
 
Finale du Ricard la Marseillaise (1963)
 
Mascon, Nunari, Costello contre  Le Japonais, Olivier et Jaurès
 
 Toute la Provence était dans les tribunes du Stade Vélodrome en juillet 1963 pour voir Le Japonais, Olivier et Jaurès, affronter Baldi, Palaggi et Petit Fernand.
 La veille, après avoir défait César de Montélimar, Le Japonais avait lancé : " Maintenant je respire mieux. Demain sur la piste cendrée du Stade, je serai dans mon jardin."
 Dans son jardin, Le Japon sans forcer son talent précipita la perte de ses adversaires en faisant donner l'artillerie, surtout Jaurès, une vraie mitrailleuse. En face l'étoile de Palaggi ... pâlit et la partie bascula du côté du Japonais.
 
 L'autre demi-finale dominée par la frappe de Nunari et Chaldjian tourna rapidement à la confusion de ce dernier.
 L'ultime engagement, celui qui consacrait les hommes forts, mettait en présence Mascon, Nunari, Costello, d'un côté, Le Japonais, Olivier et Jaurès, de l'autre, qui avaient la faveur des pronostiqueurs.
 Les premières mènes leur furent favorables. Mais à huit partout, Jo Mascon les mangea en jouant avec une maîtrise étonnante qui contrastait avec l'aspect tendu, tourmenté, du Japonais.
 Mascon frappa une boule chaude de son adversaire qui lui permettait de creuser l'écart puis, avec la complicité de Jujube Costello, il assassina littéralement Jaurès ... avant de glisser le point de gagne.
 Et en quittant le stade, la foule qui sait toujours reconnaître ses héros s'écria : " C'est Mascon et jujube qui ont assassiné Jaurès ".
 Ce triomphe marseillais marquait en tout cas l'avènement d'un très grand joueur Jo Mascon qui remporta cinq ans après la seconde édition du National à Pétanque Casanis avec Horace Guidicelli, l'un des rois de la rafle, et Castagno, devant mille trois cent équipes.
 D'autres se seraient monté le cou, pour moins que ça, pas lui. Mascon je ne joue pas aux boules pour passer le temps et il le dit sans détours.
 
 " Moi, je joue à la pétanque pour améliorer l'ordinaire. J'ai une femme et quatre enfants. Pour arriver à joindre les deux bouts, j'ai besoin d'une seconde source de revenus en plus de mon salaire d'employé municipal."
 En clair, le "Gros Jo" subsiste de ses qualités d'adresse et de son art de choisir des adversaires à sa mesure. Mais il espère que ses enfants n'auront pas besoin de flamber à la pétanque pour mieux vivre.
 Mascon qui s'estime désormais "vieux jeu" pour prétendre conserver le rôle de vedette, s'apprête à passer le flambeau à ses fils Gérard et Philippe portés par la même passion.
 Autant dire que le nom de Mascon brillera encore longtemps au firmament de la pétanque.
 
Mario Garro
 
(Mario Garro, La Marseillaise, 24 Juillet 1969) .
 
Marceau Marcy, un gamin de Paris
 
- Dites donc Monsieur, pourriez-vous me procurer les photos du concours ? J’aimerai tant les avoir.
- Cela peut se faire
- Je vous en prie, Monsieur !
Comment dire non. C’est ainsi que j’ai lié connaissance avec Marceau Marcy, la révélation du Ricard-La Marseillaise. Marceau, un gamin de Paris, qui a mis en bouteille tous les « gros bras » de Marseille.
Il a suffi que Marceau apparaisse pour que l’on n’entende plus parler de Lovino, Brocca, ou Baldi. A lui seul, il a foutu dans l’aristocratie bouliste une pagaille terrible.
 
Va le voir, m’avait conseillé Mimi Mariotti, et tu comprendras. A côté de lui, nous sommes des tireurs de pacotille....
 
CHARLY DE GEMENOS
« Je me sens encore assez fort pour gagner
« Le Ricard La Marseillaise »
 
(Article publié par Mario Garro en 1984.  Journaliste de laMarseillaise, 1963/2000))
 
Les grands joueurs, c’est bien connu, ne meurent jamais. Charly de Gémenos, que l’on avait prématurément enterré, vient d’en faire la démonstration éclatante, en remportant, à 60 ans, le titre de champion départemental en triplette au jeu Provençal.
Charly, associé à deux joueurs, relativement jeunes, Jean Claude Canale, un tireur qu’il a déniché sur un boulodrome de la Penne sur Huveaune, et Aron, un pointeur qu’il a découvert sur un court de tennis, a triomphé devant 156 équipes. Charly et les siens ont fait notamment sensations en quarts de finale en infligeant une cinglante fanny à l’équipe canon de la ‘ Boule Aixoise, Benoit Gonin, Ruiz et Mansio, avant de battre en finale une autre équipe du groupe composée de Rapuzzi, Serna et Cecarelli. Deux équipes du même groupe en finale d’un championnat, c’est surement un exploit. Mais cet exploit n’a pas autrement surpris les supporters de Charly.
 
Les quatre victoires de Charly
 
En septembre prochain, Charly et deux équipes de son groupe défendront les couleurs de notre comité au championnat de France au jeu provençal à Grenoble. Mais en attendant l’International à pétanque Ricard la Marseillaise, qu’il a remporté à quatre reprises, occupe toujours ses pensées. Charly a gagné en 1965 dans le sillage romanesque du truculent Ze Papalino et du séduisant Béranger, un beau parleur, qui se vantait d’avoir inventé la rafle.
Le samedi 20 Juillet, Charly Béranger et Papalino disputent à Agen le championnat de France et se retrouvent à l’ombre le soir même. Charly rentre alors à Marseille en roulant toute la nuit, rejoint Besse et Pisapia au Parc Borély, pour remporter une seconde victoire qui tenait du miracle.
 
En arrivant le dimanche matin, Charly avait dit « trainez moi aujourd’hui et ensuite parole, je vous ferais plaisir ». Charly devait encore gagner en 1969 avec Bacciardi et Besse, devant Gales, Dejean et Marceau Narcy, un gamin de Paris dont les prouesses au tir avaient fait sensation et puis en 1927 avec Brocca et l’inévitable Besse, devant plus de deux milles équipes. « Quand j’y pense » confesse Charly « j’ai l’impression de rêver. Je me demande comment j’ai fait pour gagner autant devant tant de monde ».
 
Charly avec Bacciardi et Georges fille
 
Charly jouera la prochaine édition avec Bacciardi et Georges Fille pour gagner et il le dit sans détour. « Je fais une bonne équipe avec un tireur comme Georges et un joueur de la trempe de Bacciardi, et je me sens encore assez fort pour espérer le gagner une 5...
 
- Article publié par Mario Garro, La Marseillaise, 1987 -
 
Merveilleux Massoni
 
Regardez-le ! Fier et beau comme un centurion romain. Rien ne paraît l’atteindre. Ni la force des uns, ni la réputation des autres. Au Parc Borély, sanctuaire des boules, Dédé Massoni est chez lui.
Et on l’aime tel qu’il est. Brillant ou décevant, gagnant ou perdant, coupable ou innocent. Il est vrai qu’il a tout pour séduire. Sa présence et son élégance portent la trace rarissime des superstars. Il a tous les dons. Même ceux du Diable.
Dédé Massoni a appris à marcher en faisant les trois pas, au boulodrome des Bleus. Et les habitants de la Belle de Mai, dont il tirait pourtant les sonnettes, s’accordaient pour reconnaître que ce garçon-là avait quelque chose de plus que les autres. Quelque chose de la race des seigneurs.
En Juillet 1970, Albert Calanotti, et Jean Carbuccia, engagèrent le pari insensé de gagner Le Provençal avec un gosse de dix-sept ans. André Massoni.
Le petit Massoni, je l’ai vu pousser, grandir, progresser, explique Albert.
- Quand il était petit, son père lui disait toujours : si tu travailles bien en classe, je dirai à Monsieur Calanotti de jouer avec toi.
J’avais une envie folle de jouer avec Monsieur Calanotti, reconnaît Dédé. Il portait chance. Avec lui, ça gueule, ça hurle, on gagne ou on meurt. C’était passionnant. J’avais l’impression de monter tous les jours au front.
Au cours de la première journée, j’ai manqué tout ce que j’ai voulu. Mais contre la triplette de Giraud, j’ai frappé deux fois le bouchon, pour la gagne. Et, en guise de compliments, Calanotti m’a dit qu’il valait tout de même mieux frapper des boules.
J’ai bondi. Les rengaines de Calanotti commençaient déjà à me taper sur les nerfs. Carbuccia, lui, acceptait tout sans broncher. Mais moi, je me suis révolté.
Ecoutez, Monsieur Calanotti, je vous admire et je vous respecte, mais sachez que je ne veux pas être traité comme une machine à tirer qui n’aurait rien à dire. Je veux discuter, je veux exister, faire partie de l’équipe quoi !
Entendez-le, s’écria le grand Albert, devant la galerie amusée, il a tout juste 17 ans, et il veut déjà gouverner.
En quart de finale, nous avons livré un combat fantastique de six heures,se souvient André. Pour remonter un handicap de dix points et gagner devant Zé Locatelli, Charly de Gémenos, et Satge.
J’ai vécu, ce jour-là, les plus fortes sensations de ma carrière. Et les paroles ne peuvent pas traduire les souffrances et les angoisses que nous avons endurées, dans une ambiance volcanique, pour résister à la pression, remonter le courant, rétablir l’équilibre, et gagner.
Calanotti fut prodigieux. Epuisé de fatigue et de chaleur, il a perdu connaissance après la partie. Et quand il est revenu à lui, il a essayé de me rassurer.
- Tu vois, petit, Le Provençal, ce n’est pas si terrible que ça.
En demi-finale, nous avons liquidé en quelques mènes trois grands joueurs, Lilou Maurin, Othello, et Poncy, qui ont embrassé Fanny.
Je commençais à y croire. Et j’espérais devenir le plus jeune vainqueur de l’histoire du Provençal.
Nous avons, hélas, craqué en finale, contre Elie Vian, Cantarel, et Vivancos, plus forts et résistants que nous, ce jour-là.
Dédé Massoni avait du mal à retenir ses larmes, alors qu’Albert déclarait aux journalistes : j’ai perdu, mais j’ai trouvé. Un futur très grand tireur, qui sera bientôt le meilleur de Marseille.
Massoni confirmera les fortes paroles du grand Calanotti.
En 1975, solidement installé au sommet de la hiérarchie des tireurs, il rencontre Bamby Pironti. Le coup de foudre ! Et la naissance d’une doublette à dimension tricolore. Rien n’arrêtera plus désormais l’ascension de Massoni et Pironti, laquelle se traduira, en 1978, par la conquête du titre national et leur première victoire dans Le Provençal, au côté de Tricon Le Japonais.
Massoni et Pironti rééditeront leur succès au Provençal, en 1982 et 1983, au côté de Franck Racanelli, l’ami d’enfance. Une triplette de rêve ! Brillante, efficace, et spectaculaire.
J’ai joué avec Yvan et Volpini qui étaient les meilleurs à leur époque,dira Franck Racanelli,et je mesure ma chance de jouer aujourd’hui avec, chacun à leur poste, les deux meilleurs spécialistes du jeu Provençal.
Mais cette équipe, faite pour durer, se délite. La chance abandonne alors Dédé qui se laisse entraîner dans une sombre affaire de trafic de cigarettes, pour laquelle il purgera quelques mois de prison.
Le prestige de Massoni lui valut, durant cette période, les titres de la presse à sensation qui se déchaîne contre lui.
André Massoni, l’homme aux mille victoires tombe pour des blondes, lit-on chez ceux qui, avant ses déboires avec la Justice, chantait tous ses louanges.
Mais Massoni, sorti de l’ombre, cloue le bec à ses détracteurs, et gagne à nouveau Le Provençal, en 1986, au côté de son fidèle coéquiper, Racanelli, et de Alain Cortes, un nouvel enfant prodige des Bleus.
Il vise désormais un cinquième titre, avec l’espoir d’égaler le grand Albert.
Et l’espoir, loin s’en faut, n’est nullement chimérique. Emile Lovino qui s’est chargé, en personne, de dissiper les nuages qui planaient entre Bamby et Dédé, compose aujourd’hui avec eux une nouvelle équipe de rêve.
Bref, celui dont on dit qu’il lui suffit de jeter ses boules pour poser des carreaux, l’enfant de la Belle de Mai, le Blond, comme on le surnomme affectueusement, n’en a certainement pas fini de nous enchanter.
Et c’est très bien comme ça !
 
Mario Garro
 
Article publié par Mario Garro (journaliste de la Marseillaise) en 1993
 
FABULEUX ‘’ JO ‘’ ARAMA
 
Cette rubrique sert à honorer la mémoire des grands champions disparus avec cet article sur ‘’JO’’ Arama et Pierre Brocca, deux parmi les meilleurs tireurs de l’histoire de la pétanque.
 
Le récit de l’exploit réalisé par Jo Arama en 1962 au cours de l’émission ‘’ La tête et les jambes ‘’ existe en plusieurs versions. En réalité, voilà comment les choses se sont passées selon Jo Arama lui-même. Jo devait repêcher un candidat, M.Franck, interrogé sur l’histoire de l’opéra en frappant 8 fois sur 10 sur une boule placée dans un cercle à 10 mètres sur une surface en caoutchouc. Tâche difficile dans la mesure où il fallait taper la boule en plein fer. En plus Jo Arama était aveuglé par les projecteurs du studio des Buttes Chaumont et déconcentré par le va et vient incessant des techniciens. Et lorsqu’il entra en action pour le premier rattrapage, il rata 5 boules de rang en présence de Roger Couderc, sidéré, et des spectateurs sans voix.
Pierre Bellemare décida alors de lui donner une nouvelle chance mais cette fois sur un vrai jeu de boules, à la porte de Versailles, et cette fois Jo Arama, qui avait eu à intervenir à quatre reprises en trois semaines, réalisa la fabuleuse moyenne de 126 carreaux sur les 130 boules tirées. Un exploit authentique contesté pourtant par quelques contempteurs à l’eau de rose qui prétendaient que Jo Arama après sa première émission catastrophique, était descendu à Marseille consulter « un joyeux farceur » du bassin de Séon qui lui avait regonflé le moral.
 
Des ragots qui ne devaient pas résister longtemps devant la retransmission des images de Jo Arama frappant en « plein ventre » les 126 boules qui lui ont permis d’empocher un million de centimes.
Une chose est certaine en tout cas, grâce à Jo Arama, la pétanque est entrée en 1962 dans tous les foyers de France.
 
Jo Arama la frappe terrible
 
Jo Arama s’était d’ailleurs affirmé bien avant comme un terrible frappeur. Autour des années 40 – 60, Jo Arama, Besse et Magnani, les trois meilleurs joueurs du moment, décidèrent d’associer leurs talents pour composer, selon les historiens, « l’équipe du siècle ».
Pendant dix ans, cette équipe a fait trembler tout le monde. Besse pointait avec une virtuosité étourdissante et ensuite Magnani et Jo Arama attaquait au tir, Magnani claquait des carreaux de 6 à 8 mètres et Jo Arama, prodigieux tireur de loin, relayait le « blond » de 8 à 10 mètres pour creuser la tombe de ses adversaires.
 
« Cette équipe » confesse Magnani « c’est la plus forte que j’ai faite dans ma carrière. A l’époque, j’avais un caractère de chien mais à côté de Jo Arama je donnais l’impression d’un ange fraîchement descendu du paradis. Les éclats de JO étaient terribles, il explosait comme une bombe ; Il était dur, impitoyable, mais sensible. Sous des dehors de bête féroce, c’était un sentimental Jo qui s’était retiré à Mazamet a voulu être inhumé à Marseille parmi les siens. Sa mort survenue après un long calvaire m’a profondément affecté comme elle a affecté tous ses amis.
 
Sacré champion de France en 1958, associé à Gallaud et Olivier, Jo Arama était alors le plus fort, le plus braillard, le plus orgueilleux et j’ai encore en mémoire sa réaction contre le public du Parc Borély, dans le cadre du Mondial qui s’exclamait à chaque carreau de son rival. « Ça c’est un tireur »
Jo agacé, se précipita alors vers le rond pour tirer sur une boule adverse et pendant que sa boule était en l’air il s’écria « Et ça bande de c… c’est de la merde ? » Le carreau de Jo arracha les ovations de la galerie qui lui pardonnait volontiers ses excès en voyant cet homme à moitié paralysé par la polio s’accrocher avec une volonté pathétique à une image qui fût jadis la sienne.
 
Pierre Brocca la frappe tranquille
 
Pierre Brocca, c’était le contraire de Jo Arama. C’était un tireur somptueux, calme, tranquille. Chez lui il n’y avait rien de violent en dehors de sa puissance de frappe dévastatrice.
Respectueux des règles, de l’adversaire et du public, Brocca , qui se définissait lui-même comme un sportif de compétition, affichait sur les jeux de boules des sentiments d’amitié et de noblesse qui sont les traits dominants des vrais champions. Champion de France FSGT à trois reprises avec De Fabritis et Rhoner, champion de France en doublette avec Charly de Gémenos, Pierre Brocca remporta deux fois le Mondial à pétanque « La Marseillaise ». Une première fois avec Pisapia et Binder en 1971 et ensuite en 1976 avec Besse et Charly. Une équipe de choc, véritable générique à la gloire de la pétanque. Mais Brocca avait été surtout marqué par son premier succès devant Armand Garcia, Campillo et Martinez, il prenait ainsi sa revanche sur la triplette de Cadolive qui lui avait barré la route de la finale l’année précédente.
« Maintenant » disait-il « je suis un homme comblé. J’ai gagné le concours de mon journal et le plus beau concours du monde ». Pierre Brocca, le plus prestigieux des sportifs de Port de Bouc, a quitté la scène bouliste en septembre1990, victime d’une hémorragie cérébrale à l’âge de 65 ans.
La pétanque qu’il professait en France et dans le monde a perdu en lui le meilleur de ses serviteurs. La pétanque de Brocca était magnifique, exemplaire, comme l’était sa carrière. C’est celle que l’on souhaite aux jeunes de demain.
 
Mario Garro
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
Marceau ? Je n’ai jamais rien vu de pareil !
 
Régis Sztorch est un joueur et un passionné de Pétanque et de Boule Lyonnaise. Il coule désormais une retraite paisible à Montélimar, patrie de César, vainqueur, en 1962, du premier Ricard-La Marseillaise. S’il a pris quelques distances avec le jeu, ses souvenirs, par contre, restent vivaces. A Paris où il résidait, il arpente, à partir des années soixante, les boulodromes, de Vincennes à Auteuil, équipé des très grands. Authieu, Mélis, J. Lebeau, Guias, Galland, et Marceau Marcy, dont il deviendra un proche.
En 1968, Marceau a remporté, à Royan, le titre national junior. Il n’a que dix-huit ans, mais, dans la capitale, sa renommée est déjà établie. Affronter Marceau, c’est affronter le Diable, son efficacité, et ses tours de l’au-delà.
« Oui. Je n’ai jamais rien vu de pareil. Sur des terrains souvent impossibles, (herbe, asphalte, pierriers), ce qu’il réalisait, au tir, mais également à l’appoint, (il portait ses boules à des hauteurs inimaginables), dépassaient l’entendement. »
Et le public se pressait pour le voir aligner ses tirs très arrondis, bourrés d’effets, terriblement efficaces.
« Il était désespérant. Je l’ai vu réaliser, à Bobigny, devant des adversaires qui ne savaient plus que faire, quatorze carreaux en place d’affilée. Sourire aux lèvres, facile, élégant, il raflait tout, ou presque. Les concours, les sautées, les parties d’intérêt. »
Mieux. Il annonçait fréquemment des coups impossibles, qu’il réussissait.
« A Joinville, dans une finale de concours, devant une forte galerie, il se retrouve à devoir tirer sur une boule qui s’est glissée derrière un arbre. Il annonce qu’il va tirer au sol deux mètres avant l’arbre en donnant l’effet nécessaire pour contourner l’obstacle et frapper la boule. Eh bien, c’est ce qu’il a fait. Les gens n’ont même pas applaudi. Ils étaient médusés. Il y avait de quoi. »
 
Des coups que relate également Marco Foyot, dans son livre « La Pétanque » en 1984 :
« Marceau a le point et le gain de la mène, ses adversaires n’ont plus de boules. Mais il doit prendre quatre points pour gagner la partie. Trois des boules de son équipe sont positionnées devant le but. Il décide alors de tirer sur l’une des boules adverses placée au-delà du but, en donnant à la sienne un effet rétro. Il frappe, et sa boule, comme annoncé, revient sur elle-même, prend le but au passage, qu’elle ramène vers les trois boules partenaires. Quatre points et la victoire. »
« J’aime la Pétanque. Joueur ou spectateur, j’ai passé du temps sur les jeux et continue à le faire. Eh bien, croyez-moi, je n’ai vu chez personne ce don, quasi insolent. Il a existé et il existe encore aujourd’hui de magnifiques tireurs. Eh bien, Marceau, voyez-vous, c’était encore autre chose. Marceau venait d’ailleurs. »
L’ailleurs, peut-être, des trajectoires parfaites nées du sourire d’un enfant....
 
Marceau Marcy, de la gloire à l’enfer.
 
(Un article du blog “Bouletbut”)
 
 Marceau Marcy, l'adresse et la séduction du Diable, légende au poignet magique, phénomène inégalable, un don de la nature, qui finit pourtant SDF, et meurt dans la rue à 51 ans en 2003, dans l'indifférence générale. Je n'ai jamais manqué de heurter des gens chaque fois que j'ai osé dire ou écrire quelque part que la pétanque ça ne s'apprend pas ! Et en particulier le tir. On peut toujours se perfectionner en s’entraînant, mais pour atteindre l'excellence, pour s'élever un jour au dessus du lot, exactement comme dans n'importe quelle autre spécialité, qu'elle soit sportiv...
 
" Le roman rose et noir d’Emile Agaccio ".
(Mario Garro, La Marseillaise 1963/2000)
 
Tireur prodige au jeu provençal, " chef du gang de la pétanque ", Emile Agaccio a défrayé la chronique des boules et des faits divers pendant un demi-siècle.
  
 La vie d’Emile Agaccio c'est un roman qui a inspiré des écrivains mais aussi des cinéastes qui voulaient réaliser un film sur " le gang de la pétanque ". Une vaste et géniale entreprise d'attrape-couillons qui provoqua, en 1962, un immense éclat de rire à Marseille et dans toute la France. Yves Montant devait tenir le rôle d'Agaccio le " chef de gang " et Fernandel celui de Monsieur Jean, le faux milliardaire. La mort de Fernandel fit échouer le projet.
 
Agaccio a défrayé la chronique des boules et des faits divers près d'un demi-siècle. A 13 ans, il faisait déjà des siennes dans les environs de Pertuis où il est né. Un jour il a saigné le cochon d’un riche paysan du voisinage et pour expliquer son geste il disait : « Chez nous les moissons avaient des allures misérables. J’ai vu ma mère mourir d’épuisement pour faire vivre la famille alors que nos voisins dressaient des tables énormes avec du bon vin et des chansons. J’avais toujours faim et ce cochon qui passait et repassait devant notre ferme me torturait l’estomac et un jour j’ai fini par l’égorger .. »
 
Agaccio quitta ensuite la maison paternelle et pendant un certain temps les meules de foin du Vaucluse lui servirent de couches et les concours de boules qu’il raflait dans tout le département avec ses copains Ribes et Albertingo lui assurèrent la croute. C’était agréable en été mais difficilement supportable toute l’année pour un jeune dévoré par l’ambition.
 
Agaccio voulait tout et tout de suite, alors il descendit à Marseille aux alentours des années 30. Les années chaudes de Marseille et dans le quartier du Panier le feu mystique qui couvait dans ses yeux fit des ravages dans les cœurs féminins. Agaccio accepta de partager la vie de Jeanine, une ravissante créature qui devait mourir peu après en lui laissant 20 briques qu’il s’empressa de flamber aux courses.
 
Agaccio défie Charlot.
 
Pendant les années sombres de l’occupation, Agaccio attaque seul un bureau de cartes d’alimentation. Arrêté puis condamné à 5 ans de détention, il réussit à s’évader de la centrale de Riom, déguisé en paysan armé et d’une fourche pour rejoindre la résistance dans le Luberon.
 « Les Baumettes c’est du jus de roses à côté de la centrale de Riom » racontait Agaccio. « C’était l’enfer. Tout était interdit. Interdiction de parler, de chanter, de pleurer. Et lorsqu’un prisonnier pleurait on disait qu’il était bargeot, alors on le piquait et il ne pleurait plus, il dormait. J’ai vu mourir des hommes autour de moi à la centrale de Riom. »
 A la libération, Agaccio renoue avec le milieu en épousant Marina, tenancière d’une boite de nuit. Une femme adorable mais de santé fragile emportée bientôt par la maladie. Agaccio se retrouve ainsi à la tête d’une petite fortune et d’un hôtel qu’il s’empressa de flamber au casino de Cannes.
 
Il reprend alors ses boules pour défier les gros bras de l’époque, Le Maggi, Le Bimbo, Sardine, Pétou, et Charlot, dans d’interminables parties d’intérêt, et surtout Charlot qui régnait sur cette raille. Dans le premier tête à tête qui les avait opposé, Agaccio, pour bien montrer sa force attaqua au tir d’entrée et frappa trois fois de suite, alors Charlot, surpris, lui a lancé : « Dis petit tu te paies de drôles de fantaisies. Tu as peut-être oublié que tu as devant toi le grand Charlot. » 
  « Arrêtez votre cinéma, pour moi vous êtes le plus grand toquard de Marseille ."  Répliqua Agaccio en poursuivant son festival de carreaux. Charlot, battu, humilié, mais beau joueur, s’inclina devant son jeune rival en lui disant : « A l’avenir, tu joueras avec moi comme ça je dormirai tranquille. »
 En 1959, Agaccio réalise le rêve de sa vie en gagnant Le Provençal avec un petit jeune super doué, Milou Lovino, et le tonitruant Albert Calanotti, mais trois ans après il alimente à nouveau la rubrique des faits divers.
 
Le gang de la pétanque. 
 
En mai 1962, des manchettes énormes s’étalaient à la une des journaux : « Le gang de la pétanque démantelé. Agaccio, champion bouliste et génial inventeur d’un jeu qui consiste à engraisser les pigeons avant de les plumer, est en fuite. »
 La règle était simple. Monsieur Jean, pseudo milliardaire, faisait contacter des entrepreneurs en vue de la construction d’une villa sur la côte d’azur. L’entrepreneur invité dans un palace somptueux arrivait toujours au milieu d’une partie de pétanque au moment où Monsieur Jean fulminait en perdant des sommes importantes devant des adversaires complices. Le faux milliardaire réclamait sans cesse de l’argent à son secrétaire, Voiron, que celui-ci allait chercher dans la Cadillac de Monsieur Jean qui étalait ainsi sa fortune pour rassurer l’entrepreneur sur l’état de ses finances.
 
L’invité cédait à son tour à la tentation de gagner facilement quelques « gros formats » en relevant le défi du vieux milliardaire. L’entrepreneur gagnait ainsi une partie, deux, voire trois, et puis Monsieur Jean lui proposait de jouer un million de centimes que l’autre se gardait bien de refuser en pensant à son contrat.
 Le faux milliardaire s’absentait un instant pour un besoin naturel, revenait avec ces boules « farcies », se révélait alors vrai joueur de boules et c’est ainsi que deux promoteurs de Marseille qui étaient venus avec l’espoir de signer un contrat pour la construction d’une villa flambèrent la leur en l’espace d’un après-midi.
 
Les deux promoteurs, par crainte du ridicule, n’ont jamais porté plainte, mais d‘autres pigeons l’ont fait, et cette petite raille qui réalisa un demi-milliard de bénéfice se retrouva à l’ombre, sauf Emile Agaccio.
 La cavale du chef de gang dura 6 mois et alors que la police de Marseille était lancée à ses trousses, Agaccio se faisait dorer au Pavillon du Parc Borély, avant de se constituer prisonnier.
 L’affaire a eu des prolongements « pagnolesques » au Palais de Justice de Marseille. Un avocat qui cherchait surtout à se faire mousser a pointé son doigt en direction d’Agaccio en lui disant : « Cette fois, Monsieur Agaccio, vous avez envoyé le bouchon un peu trop loin. »
 « En réalité, commentait Albert Calanotti après le verdict, ce sont les juges qui ont envoyé le bouchon trop loin en envoyant Agaccio moisir à l’ombre pendant deux ans pour des bagatelles. »
 
Mon histoire vaut cent briques.
 
Agaccio a clamé son innocence jusqu’au bout de sa vie. « Je n’ai jamais arnaqué personne. Le joueur est toujours dans un état passionnel. Quand il gagne, il rejoue aussitôt, c’était ça le piège. Des joueurs moyens qui acceptent de jouer un million la partie contre des champions sont possédés comme je le suis par le démon de jeu. L’argent qu’ils ont perdu contre moi, ils l’auraient perdu de toute façon aux courses ou au casino. »
 Après deux années de détention à la centrale de Nîmes, Agaccio renouait avec les boules en gagnant Le Provençal avec Sardine et Castel. Il devait faire sa dernière apparition au Grand Prix de Laragne en 1976 qu’il remporta avec Dédé Massoni et Bamby Pironti. C’est d’ailleurs à Laragne qu’il m’avait exprimé le désir de consigner ses mémoires dans un livre.
 
 « L’histoire de ma vie vaut cent briques et si j’accepte un jour de la raconter, ça sera à ce prix. C’est pour laisser quelque chose à la famille. Je voudrais que mes enfants grandissent dans un autre univers, qu’ils soient commerçants, ingénieurs, avocats. Moi, j’ai gagné beaucoup d’argent, j’en ai dépensé encore plus. J’ai commencé ma vie sans le sou et je la terminerai probablement sans un rond. Mais je ne regrette rien. Aujourd’hui je vis heureux à Mouriès. J’ai un toit à moi, je mange à ma faim, et ici les arbres ne meurent pas. »
 Agaccio qui aurait pu mourir par balles au cours de sa vie tumultueuse s’est éteint dans son lit à 79 ans. Il a été inhumé avec le faste d’un « parrain » et le souvenir de Monsieur Emile, comme on l’appelait dans le village, reste toujours aussi vivace au pied des Alpilles. 
 
Mario Garro
 
Article publié par Mario Garro (journaliste de la Marseillaise) en 1993
 
  « SARDINE » ENFLAMME LE PARC BORELY
 
Marius Ghilardi dit « Sardine » a tenu la vedette pendant quarante ans avant de disparaitre comme une idole tombée dans l’oubli.
 
Marius Ghilardi le plus jeune et le plus doué d’une grande famille de joueurs de boules de la Belle de Mai, doit son surnom à son frère Joseph qui était employé à la gare Saint Charles jusqu’au jour où il fut licencié pour avoir renversé sur les rails un charreton de sardines. Et comme le pauvre Joseph racontait sa mésaventure dans tous les bistrots du quartier on l’a baptisé « Sardine » et lorsqu’il est mort, Marius a hérité de ce surnom qui la rendu célèbre dans le monde bouliste.
« Sardine » c’était un tireur hors norme. Son style aérien, son adresse prodigieuse, ses trois pas magiques lui ont permis de planer pendant quarante ans sur le jeu Provençal. Il a été sans aucun doute le premier joueur « pros » de l’histoire de ce jeu. Des gens bien portant ont dépensé des fortunes pour s’assurer ses services. Sardine était payé au carreau placé et pour arrondir ses fins de mois, il n’hésitait pas à doubler partenaires.
« C’est une broque avec des mains d’or » disait de lui Tonin « Louis Capitani » l’un de ses nombreux bienfaiteurs.
 
Lovino met le feu aux poudres
 
Sardine a remporté le Provencal quatre fois, mais il aurait pu améliorer nettement son record s’il n’avait pas vendu ses chances à plusieurs reprises. Il a gagné tour à tour, avec « Lou Capitani » et §Courbon en 1931, puis avec Brest encore et Mayen en 1945, mais pour lui la plus belle de ses victoires restera la dernière qu’il a remporté en 1965 avec Agaccio et Castel en s’imposant en finale devant Albert Calanotti, Lovino et Vian dans une ambiance digne des meilleurs westerns.
La veille déjà, un dingue avait menacé Calanotti. « Si demain vous gagnez le sang coulera »
Le public était tout acquis à la cause de Sardine, Agaccio et Castel, présumé peut-être moins forts que leurs adversaires. En tout cas, chaque fois que Lovino tirait allait tirer, le public sifflait et Lovino encaissait malles sifflets, si bien qu’à un moment donné ses nerfs ont lâché et il a eu un geste de mauvaise humeur. Un bras d’honneur qui a mis le feu aux poudres dans les tribunes. Des bagarres éclatèrent dans tous les recoins du stade. La partie fût interrompue.
 
Le président Bussone , débordé, ne savait pas où donner du casque , alors pour essayer de ramener le calme, il demanda à Calanotti de parler au micro qu’il lui arracha aussitôt en lui disant « C’est bien Albert tu as bien parlé. Mais je n’ai rien dit ? Justement justement ! »
La partie reprenait tant bien que mal pour se terminer sur la victoire de « Sardine », Agaccio et Castel. Sacré meilleur tireur et meilleur joueur de la finale « Sardine » dont les prouesses avaient enflammé le stade tout entier, fut porté en triomphe par ses admirateurs. A l’instant, il devait connaitre le plus beau jour de vie.
 
Le jeu Provencal en panne d’artistes
 
Cette année-là, Sardine remporte également le Grand Prix de Digne avec « Charlot » Oderra et « Petou » Boasso dans des conditions invraisemblables. Les trois champions ont en effet gagné ce Grand Prix sans s’adresser la parole. Ne riez pas, c’est vrai. « Feli » Pironti, l’ex-tête d’or de l’OM, peut en témoigner.
« Sardine » était brouillé avec « Charlot » à cause d’une dette de jeu qu’il avait oublié de lui régler. Il était aussi brouillé avec Petou à la suite d’une partie d’intérêt qui avait mal tourné. Les trois joueurs étaient montés à Digne séparément pour voir un peu et une fois sur place un ami commun les avait incités à jouer ensemble.
« Arrêtez vos conneries vous pouvez battre n’importe qui »
Sardine qui était toujours à la recherche d’un peu d’oseille, céda le premier. « Petou » sous la pression de sa mère qui lui disait « Allez va « couilleti » joue, ça te fera de l’argent de poche » finit par accepter.
 
Charlot enfin se laissa fléchir à son tour, en précisant à son ami « C’est bien pour toi que je le fais »
Charlot, dont la modestie était bien connue, annonça d’entrée la couleur en s’adressant à la galerie « je suis le meilleur tireur des trois, mais comme je suis aussi le meilleur pointeur alors je pointe »
Et quand il fallait tirer, Sardine enchainait en sussurant « Là si c’était moi je tirerai » et « Petou » comprenait qu’il devait tirer.
C’est ainsi, sans se parler directement qu’ils ont gagné le Grand Prix de Digne. A l’époque, avec des artistes de cette qualité, la galerie ne trouvait pas le temps long. Aujourd’hui, hélas, le jeu Provencal en panne d’artistes traine en longueur.
Sardine a marqué incontestablement son époque, il a écrit quelques-unes des plus belles pages du sport bouliste. On regrettera peut-être que la foule de ses admirateurs ait trop aimé « Sardine » et pas assez Marius Ghilardi qui a terminé son temps seul dans un asile de Manosque, ou il mort comme une idole tombée dans l’oubli …
Mario Garro
 
Un grand merci à Benjamin Pellegrini qui nous permis d'avoir cette photo .
Article écrit par Mario Garro ( La Marseillaise) en 1994
 
Calanotti à la manière de Robespierre
 
Albert Calanotti grand joueur, grand acteur a quitté la scène bouliste en raffinant l’art de mourir en beauté
 
Albert Calanotti sorte de Robespierre a fait trembler plusieurs générations de joueurs de boules. Dans la vie courante c’était pourtant un homme charmant, serviable mais dans le cratère de la compétition il était insupportable pour ses partenaires et impitoyable pour ses adversaires qu’il était capable d’abattre d’un mot d’un seul… il est insupportable mais quel joueur ! quel acteur ! reconnaissaient tous ceux qui ont joué avec lui.
Ses formules qu’il lançait à la face du monde bouliste devenaient des aphorismes. Aux boules c’est comme au théâtre, il faut gueuler pour être entendu. Moi j’ai toujours gueulé et j’ai toujours gagné. Et à ceux qui osaient dire ce Calanotti si on lui enlève sa gueule, il ne lui reste plus rien. Il répondait « moi il me restera toujours deux titres de champion de France. Deux victoires dans le Casanis à pétanque, 5 Provençal sans compter une centaine de grands prix ».
Albert Calanotti figure à cinq reprises au palmarès du Provençal mais la victoire qui l’a le plus marqué c’est celle qu’il a remporté en 1959 avec Agaccio et Lovino dans des conditions éblouissantes.
 
Tu seras mon successeur
 
Cette année-là, Agaccio rencontre Calanotti avec lequel il était brouillé et il lui dit « écoute Albert, arrêtons nos conneries et rejouons ensemble le Provençal. D’accord, répond Calanotti, « mais à condition de trouver un jeune qui frappe des boules à 20m parce que toi maintenant tu fais du sur place dans le rond ».
Agaccio qui n’avait jamais accepté qu’un tireur puisse tirer devant lui accuse le coup et réplique « Pauvre Albert si tu trouves un tireur de ce genre, alors c’est un miracle ».
Calanotti déniche pourtant l’oiseau rare. Un prodigieux tireur de 23 ans ‘’ Milou ‘’ Lovino. Fier de sa trouvaille, il le présente à Agaccio qui l’accueille plutôt fraîchement. « C’est çà ta terreur ? On dirait un enfant de chœur ». Mais l’enfant de chœur visait juste et lorsqu’en finale devant les Nîmois des frères François et Chandeysson il a frappé une boule qui valait 5 points et la gagne, Agaccio lui a dit en le serrant dans ses bras « bravo Milou, tu seras mon successeur ».
Cette équipe disait souvent Calanotti « c’est sans doute la meilleure que j’ai fait dans ma carrière et je regrette qu’elle n’ait pas résisté aux éclats que j’avais avec Agaccio ».
 
Calanotti seul contre tous à Laragne
 
Calanotti s’est alors tourné vers d’autres partenaires, Carbuccia, Berard, Vian, Cantarel avec lesquels il a remporté deux titres de champion de France. Carbuccia toujours et Benoit Gonin avec lesquels il a gagné un mémorable grand prix de Laragne. Mais écoutez-le.
« En demi-finale, je me suis retrouvé seul contre tous au milieu d’une foule hostile. J’avais l’air d’une bête traquée qu’on va abattre. Mes partenaires Carbuccia et Benoit-Gonin jetaient les boules pour en finir le plus vite possible, alors j’ai piqué une crise terrible, j’ai dit à Benoit-Gonin toi avec les bras que tu as, tu ferais mieux de rester là pour faire le paysan, puis j’ai hurlé à Carbuccia, et toi tu gagnes souvent mais avec mes boules. Sans moi tu n’existerais pas. Ensuite je me suis accroché comme un désespéré, je suis monté dix fois sur le bouchon et ceux d’en face René Mussi, Mori et volpini qui menaient pourtant (10-1) se sont effondrés devant le maire Lecure et la moitié du village de Laragne ».
 
Les brouilles Carbuccia-Calanotti
 
Ce jour-là quelque chose s’était cassé entre les deux hommes, Jean Carbuccia estimait que Calanotti avait détruit une belle histoire d’amitié et les brouilles se succédèrent jusqu’à la rupture en 1970. C’est alors que ‘’ Bébert ‘’ Calanotti qui s’était rendu compte qu’il avait dépassé les bornes me confia la tâche de les réconcilier. C’est ce que j’ai tenté de faire en les invitant à s’expliquer dans notre salle de rédaction.
La Marseillaise avait d’ailleurs consacré une page à ce face à face qui mérite de figurer au florilège du sport boules et dont je relis pour vous quelques extraits ;
D’un côté Calanotti, verbe haut, geste large, Carbuccia, grave, sensible, mal à l’aise dans les joutes oratoires mais qui charge pourtant d’entrée. « Mais je reproche à Calanotti de m’avoir mis plus bas que terre pour lui avoir simplement dit aujourd’hui tu n’as pas très bien pointé ».
« Et moi » réplique Calanotti, « je te reproche de me l’avoir dit devant 200 personnes. Je te reproche aussi d’avoir dit au boulodrome des bleus.  Maintenant sans moi, le grand Calanotti va faire la cabriole ».
 
« C’est vrai, je l’ai dit et je le répète. Tu es trop dur, trop exigeant, c’est toujours toi qui décide, c’est toi qui parle. Pour en placer une, il faut attendre que tu tousses. Et alors et avec moi tu crois que les gens ne sont pas exigeants. Les autres peuvent manquer le jeu de boules sans perdre la face. Moi quand je fais un ‘’ nari ‘’ toute la France le sait. Non ‘’ Jeannot ‘’ tu cherches une mauvaise querelle. En réalité tu en avais marre de vivre à l’ombre de Calanotti ».
« A l’ombre de Calanotti ? Tu rigoles ou quoi ? Voilà que tu te prends pour le roi Soleil maintenant ? Ecoute Albert, aux boules tu en as tué une flopée mais avec moi tu vas te casser les dents. J’en ai tué une flopée ? Quelle flopée ? J’en ai peut-être tué quelques-uns mais avec moi au moins ils ont gagné de l’argent ».
 
« De l’argent tu parles. Pour se payer un tombeau c’était bien la peine. Non albert, tu écrases tout autour de toi. Et l’amitié dit, qu’est-ce que tu en fais. Moi je suis sensible à ces choses-là ».
« Et alors Jeannot ! Moi aussi je suis sensible. Tiens quand j’ai gagné le Provencal avec Agaccio et Lovino j’ai écrasé une larme et me voir pleurer moi, avec la gueule que j’aie ça valait le coup tu peux me croire. Allez Jeannot, oublions tout, ensemble on peut gagner le Mondial à pétanque, le seul qui manque à notre palmarès ».
La discussion fut rude, passionnée, mais finalement les deux ‘’ ennemis intimes ‘’ acceptèrent de se serrer la main.
Albert Calanotti devait hélas quitter la scène bouliste en 1976. Il est mort comme il a vécu en seigneur. Il s’est battu jusqu’au bout de ses forces. Il a défié jusqu’à son dernier souffle la laideur d’un mal implacable en raffinant l’art de mourir en beauté.
 
Mario Garro
(Journaliste à la Marseillaise de 1963 à 2000)
 
 
 
 
 
 
Sous les regards de  Albert Calanotti et Jean Paul Thenoux, Mario Garro lutte au bras de fer contre Michèle Chiésa !
Article publié par Mario Garro (journaliste de la Marseillaise) en 1993
 
BESSE ROI DE LA PETANQUE
 
Besse, le magicien a régné sur le sport bouliste pendant 40 ans avant de s’éteindre en 1983 à quelques jours du coup d’envoi du Mondial.

 
François Bezza dit « Besse » modeste employé municipal, était considéré comme le roi incontesté de la pétanque. Personne n’a gagné autant de concours, conquis autant de titres avec autant d’éclat. Besse avait des mains d’or, ses boules répondaient à tous ses caprices, ça tenait à la fois du numéro de cirque et du jeu de boules. Rarement un joueur a fait une telle unanimité. Les témoins de son époque s’enflamment en évoquant ses exploits. « Charly de Gémenos » a dit de lui « La pétanque de Besse était unique, c’était un magicien, mieux, un génie et contre le génie il n’y avait rien à faire »
A quoi « le blond » Magnani ajoutait « Besse faisait naturellement aux boules des choses étonnantes que d’autres ne feront jamais et ça c’est la classe »
 
Besse a fait le tour de toutes les réussites aux deux jeux. Il a gagné le Provencal avec « Petit Fernand » et Procarione. Il a remporté le titre de champion de France avec « Petit Fernand » et Beysson et il a été le premier champion de France de l’histoire de la pétanque associé à Merlo et Biancotto en 1946.
Mais passion à lui c’était le Mondial dans le cadre du Parc Borély. Un concours à la mesure de son talent ; C’est là qu’il a acquis ses lettres de noblesse. C’est là qu’il a forgé ses plus belles victoires.
« Le Mondial, c’est le concours que j’aime par-dessus tout » disait-il « Je l’ai remporté à quatre reprises et chaque fois j’ai ressenti les mêmes sensations. C’est le concours qui te prends tout ce que tu as de meilleur e...
 
Article publié en 1993 par Mario Garro (Journaliste  à la Marseillaise)
 
BALDI LE BOMBARDIER TOULONNAIS
Alphonse Baldi. Un palmarès incomparable avec une centaine de victoires dont 5 titres de champion de France à pétanque et au jeu Provencal
 
Il était une fois un vieux monsieur très riche dont le rêve était de décrocher un titre ou gagner un Grand Prix. Le vieux monsieur découvrit un jour dans un concours de village un petit jeune très pauvre mais qui avait de la foudre dans son bras droit.
Le vieux monsieur qui l’observait lui dit alors « Dis petit si tu veux bien jouer avec moi, je te promets que tu feras fortune ». Le petit jeune accepta l’offre du vieux monsieur et il devint riche et célèbre.
Ça pourrait être un conte pour enfants sages. C’est en réalité l’histoire à peine retouchée de Baldi qui devait quitter à 19 ans, le dur métier de frappeur à la masse chez Coder, pour celui de frappeur de boules en suivant à Toulon. Meiffret le vieux monsieur. C’était pour Baldi né en 1915 à Pont de Vivaux, mais qui a claqué ses premiers carreaux à la Valbarelle, le début d’une carrière exceptionnelle, jalonnée de 5 titres de champion de France.
Deux à pétanque tête à tête et en triplette avec Hideux et Garzino et trois au jeu Provencal tour à tour avec Hideux et Borsi en 56 « Petit Fernand » et Beysson encore et Partengo en 70, sans compter une centaine de Grands Prix dont le Provencal à deux reprises. Une première fois avec Othello et Tricon « Le Japonais » et ensuite avec Michelucci dit « Petit Fernand » et Beysson.
Les exploits de Baldi au tir sont légendaires. Au temps de sa splendeur, il était capable de décourager la vocation de pointeur. J’ai encore en mémoire ce quart de finale du Provencal 1966, au cours duquel, Baldi livra à Ze Locatelli, un duel fantastique. Locatelli jouait avec Besse et Satgé, alors que Baldi était épaulé par Borsi et Silano. Chacun de leurs carreaux grandissait la partie et exaltait le public.
Baldi frappa 23 boules de rang et pourtant il devait s’incliner devant Ze Locatelli qui avait frappé lui, 24 boules sur les 25 tirées.
A propos de Baldi et de son style puissant, ramassé et terriblement efficace, un journaliste en verve a écrit « Baldi c’est le dieu des boules sorti de l’Olympe pour venir faire des carreaux sur terre.
Et un autre d’ajouter « Le bombardier toulonnais a coulé la flotte marseillaise »
Gourde lyrisme sans doute, mais vérité. Baldi associé à Othello et le Japonais avait écrasé tous les gros bras de Marseille en 1958, avant de battre en finale, Carbuccia, Dalbret et Vaccaro, impuissants devant les coups mortels du bombardier varois.
 
L’immense « Petit Fernand »
 
Baldi remettait çà en 1961 avec Charles Beysson et l’immense Petit Fernand. Un joueur et un acteur prodigieux. Petit Fernand exerçait sur la galerie une fascination énorme. « J’ai moi aussi subi sa fascination » dira plus tard Baldi.
La chance semblait l’avoir choisi. Jamais à ma connaissance un joueur n’a réuni autant de qualité.
Il avait l’art de créer l’ambiance. J’ai joué dix ans avec lui et je crois que j’aurais terminé ma carrière avec lui s’il n’avait pas été fauché par une voiture sur une route de la Seyne.
Baldi appréciait également Raymond Yvan qui avait fait un malheur contre lui en finale du championnat de France en 1970 à Draguignan. « Je jouais avec Beysson et Partengo contre Yvan, Volpini et Racanelli . La partie était mal engagée pour nous. Jean –Pierre Partengo, notre tireur refusait de tirer. Il se plaignait d’avoir mal au bras, alors j’ai bondi sur lui.tu as mal au bras à 23 ans, laisse-moi rire. J’ai pris le tir et j’ai retourné la situation mais j’ai souffert comme une bête pour arracher ce titre.
 
Le merveilleux Raymond Yvan
 
Raymond Yvan avait fait effectivement un malheur ce jour là. Il avait offert au public de Draguignan, le spectacle éblouissant d’un joueur brillant, élégant, efficace, d’une qualité rare.
Par la suite, Yvan confirmait ses talents multiples en remportant coup sur coup avec Volpini et Racanelli, deux titres de champion de France et le Mondial à Pétanque avec Pepe Ruiz et Pipette Lubrano. La mort de d’Yvan puis celle de Ruiz, devait tuer cette équipe, l’une des meilleures dans l’histoire du Mondial la Marseillaise.
Yvan avait tous les dons du ciel. De la poésie dans ses gestes, l’efficacité élégante et du fair-play en toutes circonstances. C’était l’équilibre entre la beauté du geste, le désir de gagner et la fidélité à ses couleurs, Yvan l’a connu qu’un seul groupe, celui des Bleus.
Baldi avait pour Yvan et Petit Fernand, une profonde admiration mais son modèle à lui, c’était Le Maggi, dit le Rouge.
« Celui-là » disait-il « avait une tête de plus que les autres. C’était le meilleur tireur que j’ai eu l’occasion de voir à l’œuvre et je suis bien placé pour en parler. Je l’ai rencontré en finale du championnat de Provence tête à tête. J’ai fais un tir d’enfer et j’ai embrassé Fanny.
 
Le canon s’est tu
 
Parler de boules avec Baldi est un rare privilège. J’ai eu cette chance en Juin 1981 à l’hopital Ambroise Paré à Marseille où Baldi se remettait lentement d’une opération de la rétine. C’est là qu’il m’avait confié la peur panique qu’il avait de perdre la vue. C’était pour lui perdre la vie.
Ecoutez-le
Je jouais le Grand Prix d’Hyères, soudain le ciel s’assombrit. J’ai crains sur le coup de ne plus revoir les choses que j’aime. Les êtres qui me sont chers, ma fille Carole, mais aussi de ne plus pouvoir jouer aux boules. Baldi sans les boules c’est rien. Dans le noir, j’ai pensé à tout çà et puis un matin, j’ai aperçu un filet de lumière, alors j’ai recommencé à vivre et à rejouer. Les boules, c’est toute ma vie et je ne remercierais jamais assez Meiffret, mon père spirituel bouliste qui m’a donné au départ, les moyens de m’affirmer. Je n’ai certes pas décroché la lune mais je suis fier de ce que j’ai fait.
Pour le gosse que j’étais, le rêve s’est réalisé tel que je l’avais imaginé. J’ai connu toutes les sensations qu’un joueur puisse espérer et au bout d’une carrière comme la mienne, je souhaite à mes éventuels successeurs de connaitre à leur tour les joies intenses que j’ai connu. Je ne peux rien leur souhaiter de meilleur.
Baldi le canon toulonnais, s’est tu en avril 1986 mais personne n’a oublié , les challenges qui portent son nom l’attestent, on n’oublie jamais un champion s’il a été aussi un homme bien.
Mario Garro
 
Dans cette rubrique sont incluses toutes les catégories. Pétanque et jeu Provencal, Séniors, Féminines et Jeunes !
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
Marceau ? Je n’ai jamais rien vu de pareil !
 
Régis Sztorch est un joueur et un passionné de Pétanque et de Boule Lyonnaise. Il coule désormais une retraite paisible à Montélimar, patrie de César, vainqueur, en 1962, du premier Ricard-La Marseillaise. S’il a pris quelques distances avec le jeu, ses souvenirs, par contre, restent vivaces. A Paris où il résidait, il arpente, à partir des années soixante, les boulodromes, de Vincennes à Auteuil, équipé des très grands. Authieu, Mélis, J. Lebeau, Guias, Galland, et Marceau Marcy, dont il deviendra un proche.
En 1968, Marceau a remporté, à Royan, le titre national junior. Il n’a que dix-huit ans, mais, dans la capitale, sa renommée est déjà établie. Affronter Marceau, c’est affronter le Diable, son efficacité, et ses tours de l’au-delà.
« Oui. Je n’ai jamais rien vu de pareil. Sur des terrains souvent impossibles, (herbe, asphalte, pierriers), ce qu’il réalisait, au tir, mais également à l’appoint, (il portait ses boules à des hauteurs inimaginables), dépassaient l’entendement. »
Et le public se pressait pour le voir aligner ses tirs très arrondis, bourrés d’effets, terriblement efficaces.
« Il était désespérant. Je l’ai vu réaliser, à Bobigny, devant des adversaires qui ne savaient plus que faire, quatorze carreaux en place d’affilée. Sourire aux lèvres, facile, élégant, il raflait tout, ou presque. Les concours, les sautées, les parties d’intérêt. »
Mieux. Il annonçait fréquemment des coups impossibles, qu’il réussissait.
« A Joinville, dans une finale de concours, devant une forte galerie, il se retrouve à devoir tirer sur une boule qui s’est glissée derrière un arbre. Il annonce qu’il va tirer au sol deux mètres avant l’arbre en donnant l’effet nécessaire pour contourner l’obstacle et frapper la boule. Eh bien, c’est ce qu’il a fait. Les gens n’ont même pas applaudi. Ils étaient médusés. Il y avait de quoi. »
 
Des coups que relate également Marco Foyot, dans son livre « La Pétanque » en 1984 :
« Marceau a le point et le gain de la mène, ses adversaires n’ont plus de boules. Mais il doit prendre quatre points pour gagner la partie. Trois des boules de son équipe sont positionnées devant le but. Il décide alors de tirer sur l’une des boules adverses placée au-delà du but, en donnant à la sienne un effet rétro. Il frappe, et sa boule, comme annoncé, revient sur elle-même, prend le but au passage, qu’elle ramène vers les trois boules partenaires. Quatre points et la victoire. »
« J’aime la Pétanque. Joueur ou spectateur, j’ai passé du temps sur les jeux et continue à le faire. Eh bien, croyez-moi, je n’ai vu chez personne ce don, quasi insolent. Il a existé et il existe encore aujourd’hui de magnifiques tireurs. Eh bien, Marceau, voyez-vous, c’était encore autre chose. Marceau venait d’ailleurs. »
L’ailleurs, peut-être, des trajectoires parfaites nées du sourire d’un enfant.
De l’enfance de Marceau, justement, on sait peu. Et Régis Sztroch en sait guère plus.
 
« Il était peu enclin à se livrer sur son passé. Né d’une famille des gens du voyage ? Certainement. Tôt livré à lui-même et à la rue ? Peut-être. »
Mais comment va-t-il commencé à jouer ?
« Par coïncidence, semble-t-il,me répond Régis. Il m’a dit, s’être retrouvé, jeune, sur un terrain de boules. Des boules qu’il ramasse auprès d’une quelconque partie d’adultes. Il s’amuse. Il tire. Et il frappe. »
Il s’amuse. Il tire. Et il frappe. Cela ressemble à un rêve.
Un rêve qui va bientôt se poursuivre dans le Sud.
Lorsqu’en 1969, il descend, avec Gales et Dejean, pour participer au 8ème Ricard-La Marseillaise, Marceau confie à Régis :
« Les gens, là-bas, je vais les faire pleurer. »
Et la bravade se réalise. Coiffé de sa casquette de titi parisien, il survole le Concours, explose les compteurs de réussite au tir, conquiert le public, inflige à Vanni, en demi-finale, une Fanny mémorable, et échoue de justesse, en finale, contre Besse. (Voir “Un gamin de Paris”, Mario Garro, La Marseillaise.)
« Mais, quelque part, le Sud l’a gâchélâche Régis Sztroch. Adulé, sollicité, manipulé sans doute, il a été pris dans un tourbillon malsain dont il n’est plus sorti, et qui a préfiguré sa fin. »
 
Mario Garro, dans son livre « Albert Calanotti et les rois de la Pétanque », paru en 1976, décrit effectivement, dans le chapitre consacré à Bébert de Cagnes, un Marceau qui, dans sa période provençale, s’adonne volontiers aux parties d’intérêt, et se laisse parfois entraîner en eaux troubles.
« Je me souviens. Marceau, de retour à Paris, m’a conté ce qu’il considérait être son merveilleux été. Le soleil, le Parc Borély, les duels de flambeurs. Mais également les démonstrations de galas, les fêtes, l’alcool, les femmes, (dont une actrice célèbre.). Il était fier. Et heureux. »
 
Cela ne va pas durer.
A Paris, Raymond Authieu qui, par la suite, remportera trois années consécutives La Marseillaise à Pétanque, au côté de Mélis et Foyot, tient, pour l’heure, un bar, à la Porte Dorée. Il accueille le prodige.
« Authieu et Marceau formaient, avec Mélis, une triplette canon. Et ils atteignent, en 1970, la demi-finale du Championnat de France, à Vichy. Marceau vouait à Authieu une grande admiration. Un mentor, un père. C’était de cet ordre-là. Pourtant, et pour des raisons qui m’échappent, Marceau s’en va. Ils ne joueront plus ensemble. »
En 1971, André Desplas, dans son livre « C’est ça la Pétanque » alerte : “Marceau Marcy, chef-d’œuvre en péril.”
Le pire semble déjà engagé. Et, bientôt, la rumeur court. Le môme, rattrapé par ses frasques, aurait eu de gros ennuis.
« Marceau m’a raconté avoir été attiré dans un restaurant. C’est dans les toilettes de celui-ci que deux hommes le marquent au rasoir et lui brisent les poignets. La raison ? Je l’ignore. La revanche d’une entourloupe ? C’est ce qui s’est dit. »
Le tireur prodigieux ne retrouvera jamais son tir.
 
« J’ai eu l’occasion de jouer avec lui, par la suite. Rien à voir. Un pétanqueur comme les autres. Sans plus. Il ne parvenait plus à donner le moindre effet à ses boules. Il avait perdu le coup de poignet qui faisait la différence. Et, forcément, nombreux sont ceux qui se sont détournés de lui à ce moment-là. Il n’avait plus rien d’exceptionnel. Il ne gagnait plus. Il ne rapportait plus. »
Et pourtant.
Au-delà de ses errances, l’homme méritait mieux.
« Il se savait un champion. Mais il fut toujours humble, abordable, sociable, avenant. Respectueux de ses adversaires avec lesquels il sympathisait souvent. Et généreux. De l’argent en poche, Marceau payait, prêtait, donnait. Oui. Je voudrais qu’on le sache, qu’on le dise, Marceau, c’était quelqu’un de bien. Et il méritait mieux. »
Mais ce mieux, Marceau ne l’aura pas. Et, comme à son habitude, il disparaît. Régis Sztorch le retrouve, par hasard, au début des années quatre-vingt.
« Je suis en voiture du côté du Pré St Germain . A un feu rouge, sur un banc en bois, couché, je le reconnais, c’est Marceau. Je l’ai emmené aux bains-douches. Dans un magasin de fringues, où je l’ai fait rhabiller des pieds à la tête. Je lui ai donné de l’argent. Puis, régulièrement, je passais par là. Et je renouvelais l’opération. J’ai même pu, par connaissance, lui faire avoir une petite chambre. Mais, un beau jour, à nouveau, je ne l’ai plus vu. J’ai interrogé les commerçants du coin. Personne ne sut me dire. Dans les années qui suivirent, j’ai souvent demandé de ses nouvelles à des connaissances. Rien. Rien, jusqu’à ce que l’on m’affirme : Marceau ? Il vit dans un camp de gitans. A la périphérie parisienne. Marceau dans un camp de gitans ? Allez savoir. »
 
En Juillet 2003, Boulistenaute annonce, à cinquante et un ans, le décès de Marceau Marcy. La photographie qui accompagne le texte est poignante. Elle atteste d’une fin de vie dans la précarité et le malheur.
« J’ai vu l’article, la photographie. J’en ai pleuré. »
Marceau désormais est ailleurs. L’ailleurs, peut-être, des trajectoires parfaites nées du sourire d’un enfant. Allez le môme ! Tire !
Et merci, Régis, pour tes souvenirs.
 
( Interview réalisé par Richard Garro)
 
 
 
 
 
 
Marceau Marcy, de la gloire à l’enfer.
 
(Un article du blog “Bouletbut”)
 
 Marceau Marcy, l'adresse et la séduction du Diable, légende au poignet magique, phénomène inégalable, un don de la nature, qui finit pourtant SDF, et meurt dans la rue à 51 ans en 2003, dans l'indifférence générale. Je n'ai jamais manqué de heurter des gens chaque fois que j'ai osé dire ou écrire quelque part que la pétanque ça ne s'apprend pas ! Et en particulier le tir. On peut toujours se perfectionner en s’entraînant, mais pour atteindre l'excellence, pour s'élever un jour au dessus du lot, exactement comme dans n'importe quelle autre spécialité, qu'elle soit sportive, intellectuelle, ou artistique, il faut être né avec un don du ciel chevillé au corps. J'ai toujours cru, et j'y croirai jusqu'au bout, à l'inné et au destin, et l'exemple que j'ai choisi de retenir aujourd'hui me pousse plus que jamais à penser que j'ai raison ! Car le plus spectaculaire, le plus époustouflant des joueurs de pétanque qu'on ait jamais vu depuis que ce jeu existe, aux dires de témoins occulaires de cette époque, il s'appelait Marceau Marcy ! Et il ne sortait d'aucune école de pétanque, mais directement de chez lui, de la grande famille des gens du voyage, lorsqu'il a débarqué sur les jeux pour y faire un peu partout la démonstration de son incroyable virtuosité ! Marceau Marcy n'a rien appris, il est né surdoué, avec un poignet magique, fait pour les boules, un point c'est tout ! Avec, en prime, un destin tout tracé : celui de s'élever à la vitesse grand V vers les sommets de la discipline, avant d'en redescendre de la même manière, avec pertes et fracas. Si ce parcours insolite, qui reste unique dans l'histoire de la pétanque, n'est pas le résultat d'un caprice du destin, qui l'a concocté à sa place ? Qu'est-ce qui a fait que ce gamin de Paris, nanti à la fois de l'adresse et de la séduction du diable a réussi, un certain 20 juillet 1969, à détourner l'attention des aficionados de la pétanque du premier pas de l'homme sur la lune, un exploit d'une toute autre dimension, évidemment, en marchant à 20 ans, lui aussi comme en apesanteur tant il donnait une impression de facilité et de détachement, sur le toit du petit monde de la petite boule ? Qui osera prétendre plus longtemps, après avoir revisité l'épopée de ce titi parisien, qui a mis sous l'éteignoir plusieurs légendes vivantes de la petite boule par la seule grâce de son talent dès sa première participation à une épreuve de prestige en terres marseillaises, que l'inné n'existe pas ? Tous ceux qui ont vu Marceau Marcy parader sur les jeux du parc Borely, en se jouant des meilleurs compétiteurs de l'époque, avec sa casquette de Poulbot vissée sur la tête, avec son petit sourire narquois au coin des lèvres, et avec cette lueur d'insolence et de provocation qui éclairait son regard en permanence, ont toujours gardé le sentiment qu'il y avait quelque chose en lui qui dépassait l'entendement... Il exécutait littéralement ses adversaires en alignant les carreaux et les coups d'éclat, quels que soient leur statut et leur réputation, avec la fougue et avec l'arrogance éminemment sympathique d'un Gavroche bondissant sur les barricades en narguant la mitraille ! Cependant, même s'il va le traverser comme un ouragan, Marceau Marcy ne va pas gagner pour autant ce 8ème critérium à pétanque de La Marseillaise.
Il va s'incliner en finale, 11 à 13, mais pas de sa faute, parait-il, et pas devant n'importe qui non plus. Pour mettre un terme à la "chevauchée fantastique" de ce petit "Monstre" aux allures de lutin facétieux, auquel le public définitivement conquis offrira une "standing ovation", il faudra toute la détermination et tout le métier de trois Géants du circuit. A savoir François BEZZA, dit "Besse", Charles SIMON, dit "Charly de Gémenos", et Léon BACCIARDI. Marceau Marcy n'oubliera pas Marseille. Marseille ne l'oubliera pas non plus... Après cela, toujours comme un nouveau Gavroche, et parce que c'était écrit, Marceau Marcy va se lancer dans une ronde frénétique à hauts risques. On va le payer pour qu'il joue, le payer pour qu'il gagne, puis le payer davantage pour qu'il perde ! Il entre alors dans la spirale infernale des parties "arrangées" et du "double jeu"et là c'est lui qui va payer, cher, très cher, parce qu'on ne ressort jamais indemne de ce genre de situations plus ou moins nettes... Comme le "moineau parisien" de l'insurrection de 1832 a fini le nez dans la poussière, couché par une balle un peu plus précise que les autres, celui de la pétanque, même s'il ne va pas disparaître en pleine jeunesse, va également finir un jour par être happé et meurtri à jamais en plein ciel de gloire par quelques rapaces qui ne lui pardonneront pas de les avoir trop longtemps tourmentés. Ils lui briseront les poignets. Une lente descente aux enfers va s'ensuivre. Ce gamin éblouissant avait fait rêver les plus grands pétanqueurs de son temps, et déclarer à François Bezza, à l'issue de leur finale d'anthologie : "Prodigieux ce petit Marceau ! Il m'a littéralement emballé. Je crois que si j'étais riche, je l'achèterais pour moi tout seul, pour mon plaisir personnel. Je l'emmènerais au Parc Borély et là, assis sur un banc, je le regarderais tirer du matin au soir. Cela me rappellerait mes vingt ans". Mais le jeune prodige, devenu pauvre hère, sans domicile et sans soutien, mourra dans la rue, à 51 ans, pendant la terrible canicule de 2003, et dans l'indifférence générale. Destin tragique, destin cruel, certes peu enviable, mais qui reste quelque part néanmoins exceptionnel ! Marceau Marcy, je pense qu'il n'y a pas de meilleur exemple dans le microcosme pétanquiste pour affirmer haut et fort qu'un don naturel ça existe, au même titre que le destin, et qu'il ne peut pas y avoir de champions hors normes sans ces deux "choses mystérieuses" au départ.
 
(Blog “Bouletbut” - 2014)
Article publié par Mario Garro (journaliste de la Marseillaise) en 1993
 
BESSE ROI DE LA PETANQUE
 
Besse, le magicien a régné sur le sport bouliste pendant 40 ans avant de s’éteindre en 1983 à quelques jours du coup d’envoi du Mondial.

 
François Bezza dit « Besse » modeste employé municipal, était considéré comme le roi incontesté de la pétanque. Personne n’a gagné autant de concours, conquis autant de titres avec autant d’éclat. Besse avait des mains d’or, ses boules répondaient à tous ses caprices, ça tenait à la fois du numéro de cirque et du jeu de boules. Rarement un joueur a fait une telle unanimité. Les témoins de son époque s’enflamment en évoquant ses exploits. « Charly de Gémenos » a dit de lui « La pétanque de Besse était unique, c’était un magicien, mieux, un génie et contre le génie il n’y avait rien à faire »
A quoi « le blond » Magnani ajoutait « Besse faisait naturellement aux boules des choses étonnantes que d’autres ne feront jamais et ça c’est la classe »
 
Besse a fait le tour de toutes les réussites aux deux jeux. Il a gagné le Provencal avec « Petit Fernand » et Procarione. Il a remporté le titre de champion de France avec « Petit Fernand » et Beysson et il a été le premier champion de France de l’histoire de la pétanque associé à Merlo et Biancotto en 1946.
Mais passion à lui c’était le Mondial dans le cadre du Parc Borély. Un concours à la mesure de son talent ; C’est là qu’il a acquis ses lettres de noblesse. C’est là qu’il a forgé ses plus belles victoires.
« Le Mondial, c’est le concours que j’aime par-dessus tout » disait-il « Je l’ai remporté à quatre reprises et chaque fois j’ai ressenti les mêmes sensations. C’est le concours qui te prends tout ce que tu as de meilleur en toi. Ceux qui n’ont jamais joué ce concours ne peuvent pas comprendre ce qu’il contient de joie, de drame et de pure grandeur. Dans ce contexte passionnel, personne n’est à l’abri d’une mauvaise surprise et les petits joueurs qui s’imaginent qu’ils n’ont aucune chance de battre les « gros bras » se fourrent complètement le doigt dans l’œil ».
 
Le bras de fer Besse – Raoul des Milles
 
En 1966, à la veille du coup d’envoi du Mondial « Charly » de Gémenos, Béranger et Papalino disputent à Agen le championnat de France. Au coucher du soleil, ils se retrouvent à l’ombre. « Charly » rentre alors précipitamment à Marseille, fonce sur le Parc Borély et tombe sur Besse qui l’accueille à bras ouverts.
« Ma parole, c’est le bon dieu qui t’envoi ! Je cherche justement un tireur pour remplacer Raoul des Milles qui a eu un décès dans sa famille »
 
Charly se déclare d’accord en précisant « J’ai roulé toute la nuit, je suis mort de fatigue. Trainez-moi aujourd’hui et ensuite je vous ferais plaisir ».
« Charly » a tenu sa promesse et c’est ainsi que cette triplette qu’il composa d’extrême urgence avec Besse et Pisapia remporta la 5ème édition du Mondial. Cette année-là, Raoul des Milles qui fut champion de France à deux reprises avec Rigaud et Villevieille a peut-être raté par malchance une occasion unique de figurer au palmarès. Par la suite écœuré par la rafle et croyant ressentir les premiers frissons du déclin, il abandonna la compétition en déclarant « J’ai pris un coup de vieux, maintenant je préfère regarder jouer les autres ».
 
Au temps de sa splendeur, Raoul des Milles était capable de réaliser au tir des moyennes pharamineuses. Il fallait le voir pour le croire. La pétanque constituait sa principale source de revenus et les parties d’intérêts qu’il a jouées contre Bébert de Cagnes, Jo Arama et Besse sont entrées dans la légende ; Mais l’histoire retiendra le bras de fer Besse – Raoul des Milles qui a duré 36 heures. Commencé le vendredi à la Roque D’Anthéron, il s’est terminé le dimanche soir à Septèmes. La veille, Besse avait cent milles anciens francs d’avance mais Raoul récupéra l’oseille le lendemain et les deux adversaires décidèrent alors d’arrêter les frais.
Raoul des Milles qui a marqué son époque n’a jamais voulu évoquer sa carrière, ni son passé. C’était un homme réservé, voire secret, qui est mort seul, tragiquement seul, sans rien laisser derrière lui sinon le bruit des carreaux.
 
Besse au sommet de son art
 
En 1969, Besse réalisa le triplé en gagnant avec Charly de Gémenos et Bacciardi la 8ème édition. Besse alors à son apogée, multiplia les prouesses. En demi-finale notamment contre la triplette de Robert le Noir, Vanni et Marletto, il réussissait un carreau mémorable qui faisait chavirer la partie. Les deux équipes étaient à égalité onze partout et Robert le Noir avait deux points ingagnables juste derrière le bouchon. Besse dit alors à Charly. « Laisse- moi faire, je vais tirer sur l’une des deux boules et tenter le carreau en rétro pour essayer d’entraîner le bouchon vers nos boules qui sont devant »
Besse va au rond, et dans un silence de cathédrale, on entendit claquer un carreau gagnant. En finale, Dejean, Gales et Marceau se dressent devant Besse et les siens. Marceau, un gamin de Paris qui avait fait sensation au Parc Borély, confirma ses extraordinaires dons de tireur, mais cette fois il avait devant lui « Magic Besse » et il devait s’incliner face au roi de la pétanque qui lui rendit d’ailleurs un hommage très appuyé.« Ce petit Marceau m’a litérralement emballé et je crois que si j’étais riche, je l’achèterai pour mon plaisir personnel, pour le voir tirer du matin au soir.
En 1977, Besse qui avait pris ombrage des louanges exclusivement réservés aux Parisiens Foyot, Authieu et Mélis, triples vainqueurs du Mondial ne cachait pas sa volonté de mettre un terme à la suprématie des joueurs de la capitale. « Je veux être le premier vainqueur d’un concours de deux mille équipes » ;
Et lorsque Besse voulait quelque chose, il l’obtenait neuf fois sur dix. Cette année-là le Mondial avait effectivement dépassé les deux mille équipes et Besse associé à Brocca et Charly de Gémenos s’était imposé facilement en finale 13 – 1 devant les champions du monde, Serge Rouvière, Lucchési et Calenzo démontrant ainsi que les vainqueurs du Mondial étaient en fait les meilleurs pétanqueurs du monde.
 
Besse qui a illuminé le sport bouliste pendant 40 ans s’est éteint dans une clinique à 66 ans, quelques jours avant le coup d’envoi du Mondial 83.
Il n’est pas indécent de dire aujourd’hui qu’il aurait préféré finir son temps boules en mains au Parc Borély.
 
Mario Garro
(Mario Garro, La Marseillaise, 24 Juillet 1969) .
 
Marceau Marcy, un gamin de Paris
 
- Dites donc Monsieur, pourriez-vous me procurer les photos du concours ? J’aimerai tant les avoir.
- Cela peut se faire
- Je vous en prie, Monsieur !
Comment dire non. C’est ainsi que j’ai lié connaissance avec Marceau Marcy, la révélation du Ricard-La Marseillaise. Marceau, un gamin de Paris, qui a mis en bouteille tous les « gros bras » de Marseille.
Il a suffi que Marceau apparaisse pour que l’on n’entende plus parler de Lovino, Brocca, ou Baldi. A lui seul, il a foutu dans l’aristocratie bouliste une pagaille terrible.
 
Va le voir, m’avait conseillé Mimi Mariotti, et tu comprendras. A côté de lui, nous sommes des tireurs de pacotille.
Calanotti, émerveillé par la facilité du jeune parisien, disait : il ira loin ce petit. Il est facile, merveilleux à voir tirer. Il a l’étoffe d’un futur très grand.
Magnani, de son côté, nous a confié : ce garçon, c’est moi à vingt ans. Il a un tir plongeant, en rotation. Pour faire des carreaux.
Besse, enfin, disait à l’issue de la finale, une finale de rêve : je vais essayer de le faire déménager. Si j’y arrive, avec un tireur comme ça, moi, je pointe. C’est le plus fort tireur actuel.
 
Et il est vrai que Marceau frappe des boules comme il respire. Avec un style à faire rêver.
Sur son berceau, une fée semble s’être penchée, lui offrant l’adresse prodigieuse et tout pour séduire.
Son calme, sa sérénité, sa désinvolture, contrastent avec l’aspect hyper-tendu de ses adversaires.
Avec lui, c’est la pétanque en liberté. C’est la pétanque qui remplace la transpiration par l’inspiration.
Et, lorsque Marceau arme son bras pour tirer, c’est toute une tribune retient son souffle.
Et lorsque Marceau tire, c’est toute une tribune qui tire avec lui.
 
Et, il est vrai, le cœur des cinq mille spectateurs de cette finale, battait pour lui, de préférence.
 
Et nous, qui avions cru, avec Racanelli et Massoni, en avoir fini avec les enfants prodiges.
Eh bien non ! Marceau a accompli, tout au long du Concours, des exploits révélateurs d’une maîtrise qui allie adresse pure et sang-froid.
Marceau a ajouté les palets aux carreaux, tels les maillons d’une chaîne qui a inévitablement ligoté tous ses adversaires.
Mais il convient également de souligner qu’il était admirablement soutenu. Par Dejean, de Pamiers, champion de France tête à tête, et Gales, de Toulouse, qui fut à la mesure de ses deux coéquipiers.
 
Comment cette équipe est-elle née ?
 
Marceau me l’explique, avec simplicité :
- A Paris, Place de la Nation, il y a des concours. J’y ai rencontré Dejean, un milieu d’enfer, et Gales, qui n’a rien à lui envier. Ils se sont aperçu que je frappais des boules. On a décidé de venir tenter notre chance à Marseille.
- Quels sont les joueurs qui t’ont fait impression ?
- Besse, Charly, et Lovino. Lovino, je le connaissais. C’est en le voyant jouer, il y a sept ans, alors que je campais en famille à Bonneveine, que j’ai pris goût à la Pétanque. Depuis, j’ai rêvé de lui ressembler. Dites-le-lui, si vous le rencontrez.
 
Non. Marceau n’a pas gagné. Il est tombé en beauté devant un super Besse. Mais il a réussi l’exploit de jouer la finale à vingt ans.
Marceau n’a pas gagné ? Qu’importe ! Il a conquis, par son adresse et sa gentillesse, les marseillais, lui le jeune parisien, inconnu jusqu’alors.
En nous quittant, heureux de ses photos et de sa gloire nouvelle, il m’a dit :
- Merci Monsieur Garro. Merci Marseille. Je n’oublierai jamais. Parce que je n’ai jamais rien vu de pareil. C’est fou, non, ce qu’il m’arrive.
- Tu reviendras ?
- Bien sûr ! En voilà une question !
Marceau n’a pas gagné le Ricard La Marseillaise. Mais il reviendra. L’année prochaine et l’année suivante. Marceau a tout son temps. Il n’a que vingt ans.
 
(Mario Garro, La Marseillaise, 24 juillet 1969.)
CHARLY DE GEMENOS
« Je me sens encore assez fort pour gagner
« Le Ricard La Marseillaise »
 
(Article publié par Mario Garro en 1984.  Journaliste de laMarseillaise, 1963/2000))
 
Les grands joueurs, c’est bien connu, ne meurent jamais. Charly de Gémenos, que l’on avait prématurément enterré, vient d’en faire la démonstration éclatante, en remportant, à 60 ans, le titre de champion départemental en triplette au jeu Provençal.
Charly, associé à deux joueurs, relativement jeunes, Jean Claude Canale, un tireur qu’il a déniché sur un boulodrome de la Penne sur Huveaune, et Aron, un pointeur qu’il a découvert sur un court de tennis, a triomphé devant 156 équipes. Charly et les siens ont fait notamment sensations en quarts de finale en infligeant une cinglante fanny à l’équipe canon de la ‘ Boule Aixoise, Benoit Gonin, Ruiz et Mansio, avant de battre en finale une autre équipe du groupe composée de Rapuzzi, Serna et Cecarelli. Deux équipes du même groupe en finale d’un championnat, c’est surement un exploit. Mais cet exploit n’a pas autrement surpris les supporters de Charly.
 
Les quatre victoires de Charly
 
En septembre prochain, Charly et deux équipes de son groupe défendront les couleurs de notre comité au championnat de France au jeu provençal à Grenoble. Mais en attendant l’International à pétanque Ricard la Marseillaise, qu’il a remporté à quatre reprises, occupe toujours ses pensées. Charly a gagné en 1965 dans le sillage romanesque du truculent Ze Papalino et du séduisant Béranger, un beau parleur, qui se vantait d’avoir inventé la rafle.
Le samedi 20 Juillet, Charly Béranger et Papalino disputent à Agen le championnat de France et se retrouvent à l’ombre le soir même. Charly rentre alors à Marseille en roulant toute la nuit, rejoint Besse et Pisapia au Parc Borély, pour remporter une seconde victoire qui tenait du miracle.
 
En arrivant le dimanche matin, Charly avait dit « trainez moi aujourd’hui et ensuite parole, je vous ferais plaisir ». Charly devait encore gagner en 1969 avec Bacciardi et Besse, devant Gales, Dejean et Marceau Narcy, un gamin de Paris dont les prouesses au tir avaient fait sensation et puis en 1927 avec Brocca et l’inévitable Besse, devant plus de deux milles équipes. « Quand j’y pense » confesse Charly « j’ai l’impression de rêver. Je me demande comment j’ai fait pour gagner autant devant tant de monde ».
 
Charly avec Bacciardi et Georges fille
 
Charly jouera la prochaine édition avec Bacciardi et Georges Fille pour gagner et il le dit sans détour. « Je fais une bonne équipe avec un tireur comme Georges et un joueur de la trempe de Bacciardi, et je me sens encore assez fort pour espérer le gagner une 5ème fois. Bon, c’est vrai que cette équipe ne vaut pas celle que je formais avec Besse et Brocca. Si je disais le contraire on me prendrait pour un fou. C’est vrai, je la fais moins bonne qu’à l’époque, mais je constate que les autres triplettes, elles aussi, sont moins bonnes qu’avant. Aujourd’hui, il n’y a plus de joueurs comme Besse et il et il n’y en aura peut-être jamais plus, Besse était unique dans son genre »
 
Charly a connu toutes les réussites aux boules. Mais contrairement à d’autres dans le même cas, il n’en fait pas un drame, il sait accepter la gloire bouliste pour ce qu’elle vaut, sans plus, comme il accepte d’être louangé ou critiqué. En avril dernier, nous avions souligné ses insuffisances en finale du championnat en doublettes à pétanque. Il y a trois semaines, à Aix en Provence, Charly a balayé les critiques de la manière la plus élégante en remportant le titre départemental devant tout la fine fleur du jeu Provençal.
Après sa victoire, il nous a lancés avec beaucoup d’humour « aujourd’hui tu ne pourras pas me casser du sucre sur le dos ». Et dans son visage, il n’y avait ni amertume, ni joie débordante, simplement un grand sourire de vainqueur. Avec Charly, les boules constituent un trait d’union. Un élan de gentillesse et d’accueil. L’amitié survit aux défaites et préparent les chants de victoire. Avec lui, les boules c’est la vie. Mais pourquoi diable ne sommes-nous pas tous nés à Gémenos.
 
Mario Garro